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Hommages à Gérard FOUCAULT, fluxiste, éclairagiste

Gérard, était une belle personne, il incarnait une profonde humanité, c’était un vrai Gentil. Lumières n’a jamais fait son portrait-interview : à chaque fois que nous lui en avons fait la demande, il a dit oui, il n’était pas contrariant… Mais il finissait toujours par proposer de mettre en avant un de ses projets à la place : il préférait parler de lumière. Aujourd’hui, à travers un texte qu’il avait écrit et confié à Louis Clair, et à travers les hommages de ses pairs, nous parlons de lui et nous parlons de lumière.

Hommages à Gérard FOUCAULT, fluxiste, éclairagiste
Gérard Foucault

Louis Clair, concepteur lumière – J’ai repris quelques-unes de ses notes pour retracer brièvement son parcours jusqu’à ce que nous ayons imaginé de créer L’ACE. Et, c’est par cette phrase tirée de son travail intitulé Thèse, que je débuterai son parcours professionnel : « Les maîtres qui interviennent pour mettre en lumière, ne s’approprient pas le sujet qu’ils traitent, mais participent à le dévoiler discrètement, avec sobriété, élégance, sans effet cosmétique ».

« En 1968, écrit Gérard, rentré comme assistant commercial dans une petite société qui fabrique des ballasts bitension pour la fluorescence. je propose d’étudier des appareils d’éclairage,. Ceci se traduit par des lignes fluorescentes multi adaptables pour les supermarchés qui à l’époque se développent : Euromarché, Mammouth, puis des appliques étanches pour salle de bains (Novotel…) etc.
Parallèlement, des sociétés de conseils, Lonsdale, Design stratégy… qui interviennent dans l’image et le design global me consultent pour la mise en lumière adaptée aux nouveaux concepts Wafabank, BNP, France-Télécom, C&A, Auchan…
En 1975, je définis l’éclairage des Galeries Lafayette et du magasin Jelmoli à la Part Dieu à Lyon, puis le centre commercial du POLYGONE à Montpellier, etc…
En 1976, je rejoins l’AFE, alors Association française des éclairagistes (depuis 1935) seule association en France à l’époque qui se préoccupe d’éclairage.
Fin 1977, devant ma spécialisation et l’absence, mis à part Lighting designer, de terme spécifique pour définir mon activité, je me proclamai fluxiste (terme complètement inventé – répartition des flux ?). Je me suis intéressé à ce qui se passait dans le domaine de l’éclairage en dehors de la France et plus particulièrement aux USA où la profession de Lighting designer était très développée. La majorité des architectes intégrait un Lighting designer dans leur équipe ; l’association IALD existait depuis 1969.
Dans le cadre du salon des Ateliers d’art de 1985 (qui s’intitulait OBJET 2000), j’ai répondu à un concours lancé par le ministère du Commerce et de l’Artisanat. Le luminaire HIPLINE que j’ai proposé a obtenu le pre­mier prix et Roger Tallon m’a encouragé à persister dans l’éclairage.
J’ai alors, monté COSIL fin 1985 comme consultant éclairagiste, des architectes m’ont contacté, et les projets se sont diversifiés musées, sièges sociaux, commerces, hôtellerie, puis des ergonomes, puis paysagistes… L’AFE ne correspondait que partiellement à mon activité, et, lors du Salon des Artistes Décorateurs , en 1990, avec Louis Clair, Georges Berne, Philippe de Bozzi, nous créons l’association HELIOS qui regroupait des éclairagistes et des créateurs lumière de scène : Jo Colona, Yves Pepin, Jacques Rouvyrollis, André Diot. Quelques années plus tard s’est fait sentir un besoin de rassembler les différents acteurs et de créer une association qui verra le jour en 1995 : l’Association des concepteurs lumière et éclairagistes et qui compte aujourd’hui 120 membres.
Retraité depuis 2018, je visite les nombreuses expositions proposées à Paris. J’ai oublié d’écrire un paragraphe sur la maintenance ! Après quelque temps, j’ai noté que bien des monuments que j’ai mis en lumière ont leurs effets modifiés à cause, ou du déplacement des appareils (parfois l’inclinaison suffit à déformer une ombre), ou même à cause d’une erreur de lampe au cours du relamping. Les entreprises d’électricité générale qui assurent la maintenance des installations n’ont pas dans leurs rangs d’électricien de plateau et assurent leurs services généralement au plus vite sans vérification nocturne des effets. L’exemple le plus frappant pour moi a été la transformation des illuminations du Mont Saint-Michel où les températures de couleur ont été inversées et les ombres de la merveille décalées. Il m’est venu à l’idée de joindre à nos prescriptions un cahier de recommandations de maintenance qui présenterai les points particuliers des réglages à vérifier au cours des relamping.
Ceci est resté dans mes carnets, peut-être ce paragraphe sera ajouté à nos prescriptions dans quelques temps… »

Vincent Thiesson, concepteur lumière, président de l’Association des concepteurs lumière et éclairagistes
Cher Gérard, tu es parti si brusquement Gérard, et comme tu le disais souvent, « you pressed the button too soon… »
Aujourd’hui, la profession de concepteur lumière est un peu dans le noir.
Pas complètement, rassure-toi. D’abord parce que tu nous as appris à ne jamais laisser une installation s’éteindre. Ensuite parce que tu as laissé derrière toi tant de lumière qu’il nous en reste encore pour longtemps.
Nous avons relu tous les témoignages reçus. Ils viennent de générations différentes, de collègues, d’amis, d’architectes, d’éclairagistes, de concepteurs lumière. Et chose assez extraordinaire : ils racontent tous le même Gérard.
Un Gérard pionnier, bien sûr. L’un des premiers à exercer ce métier avant même que le métier ne sache vraiment comment s’appeler. Alors tu as inventé ton propre titre « fluxiste ». Un terme que tu étais probablement le seul à comprendre parfaitement, mais que tu expliquais avec un sourire malicieux à ceux qui te demandaient ce que tu faisais dans la vie.
Un Gérard qui a participé à construire notre profession, qui a défendu la place de la lumière dans l’architecture, qui a contribué à faire naître l’ACE et à transmettre une vision exigeante et généreuse de notre métier.
Mais ce qui revient le plus souvent dans les hommages, ce ne sont pas les réalisations, les prix ou les projets.
C’est ta gentillesse.
Une gentillesse si unanimement reconnue qu’elle pourrait presque devenir une unité de mesure professionnelle : « Un projet ? Très bien. Un projet avec Gérard «  Encore mieux ».
Tous parlent de ton écoute, de ta bienveillance, de ton humour, de ton regard curieux sur les autres. Tu avais travaillé avec de grands architectes, éclairé des lieux prestigieux, ouvert des chemins nouveaux. Mais tu préférais raconter une anecdote de bistrot, parler d’une exposition, recommander un livre ou débattre autour d’un déjeuner chez Paul.
Tu étais aussi l’homme des conversations sans fin : sur la lumière bien sûr, mais aussi sur l’art, les musées, la musique, le vin, les voyages, et parfois sur la meilleure façon de régler un projecteur dont personne d’autre n’avait remarqué qu’il était légèrement désaxé.
Car il faut le dire : même à la retraite, ton œil restait en service. Là où d’autres voyaient un monument, tu voyais d’abord une température de couleur qui méritait d’être corrigée. Là où d’autres admiraient un éclairage, tu repérais immédiatement la lampe remplacée par le mauvais modèle. Et nous avons tous une petite inquiétude aujourd’hui : nous nous demandons déjà qui va surveiller le Mont-Saint-Michel maintenant.
Certains t’appelaient « Nounours ». D’autres parlaient du « papa-gâteau de l’éclairage ». Tous évoquent ton calme, ton sourire, ton humour discret, cette façon de transmettre sans jamais donner de leçons.
Au fond, tu incarnes parfaitement cette phrase que tu avais écrite sur notre métier : « mettre en lumière sans s’approprier le sujet, avec sobriété, élégance et sans effet cosmétique ». Cette définition parlait de l’éclairage. Elle parlait aussi de toi.
Alors aujourd’hui, au nom de toute la profession, nous voulons simplement te dire merci.
Merci d’avoir ouvert la voie.
Merci d’avoir transmis ta passion.
Merci pour les éclats de rire, les conseils, les déjeuners, les anecdotes et les débats passionnés.
Merci d’avoir montré qu’on pouvait être un pionnier tout en restant humble, un expert tout en restant accessible, et un maître tout en restant un ami.
Nous savons déjà que lors de nos prochaines rencontres professionnelles, de nos prochains événements, de nos prochains projets, quelqu’un finira forcément par dire : « Gérard aurait vu ça tout de suite. » Et il aura probablement raison.
Au revoir Gérard. Continue à veiller sur nos lumières.
Et surtout, là où tu es, n’hésite pas à vérifier les réglages.
On te connaît : tu l’aurais fait de toute façon.

Nawel Dehouche, conceptrice lumière
Pour beaucoup ici, Gérard était un proche, un ami, un confrère. Pour moi, il a été le point de départ de tout. C’est chez lui, à ses côtés, que j’ai fait mes premiers pas dans la lumière et que j’ai commencé ma carrière d’éclairagiste.
Gérard est un éclairagiste exceptionnel, un véritable pionnier dans le monde de la lumière en France. Il a signé des projets absolument incroyables, mais il restait d’une modestie rare, presque timide face à son propre talent. Sa sobriété, sa finesse, sa poésie et toute sa sensibilité se retrouvaient directement dans son travail. Il y mettait aussi son humour, cette touche unique qui faisait sa signature.
Gérard m’a tout appris. Il m’a transmis tout son savoir-faire, mais surtout une éthique et une rigueur hors normes. Travailler avec lui, c’était accepter d’entrer dans un monde d’exigence.
Il y a deux expressions de lui qui guident ma pratique au quotidien. La première, c’est son fameux « Don’t push the panic button ». Dans notre métier, lorsque les rendus approchent et que tout s’accélère, le stress peut vite monter. Mais Gérard, lui, restait d’un calme olympien. La deuxième expression, qu’il répétait tout le temps, c’était « On vend du papier ». Derrière cette formule, il y a toute son exigence. Tout devait être absolument impeccable, millimétré. Il ne laissait rien passer, parce que pour lui, le travail devait être parfait.
Mais au-delà du patron et du professionnel exceptionnel, il y avait l’homme. Au bureau, on parlait finalement assez peu de nos vies privées. Pourtant, ses yeux brillaient d’un coup dès qu’il s’agissait de sa fille et de ses petites-filles. Il en était tellement fier.
Je me souviens de sa joie quand il parlait de sa fille, de son amour pour la nature et les animaux. Un jour, un client nous avait consultés pour un projet sur un pavillon de chasse. Il m’avait regardé et m’avait dit avec malice, « Il ne faut surtout pas que ma fille l’apprenne, sinon elle ne me parlera plus ! ». Nous ne l’avions d’ailleurs pas fait, ce projet….
Je revois aussi son grand bonheur et son ton enjoué quand il me racontait son voyage avec ses petites-filles pour aller voir le Père Noël. Derrière le professionnel pointilleux, il y avait un cœur immense.
Aujourd’hui, sa lumière s’est éteinte mais la lumière qu’il a allumée en moi, et en nous tous, ne cessera jamais de briller.

Anne Bureau, conceptrice lumière
Mon Gérard, tu me saluais toujours par un « bonjour ma grande » alors « mon grand » je ne pensais pas qu’un jour je dirais ça te toi, mais là, Gérard tu n’es pas sympa. Pas sympa de nous laisser là, tout tristes… Tu ne nous avais pas habitués à ça. Ok ce n’est pas ta faute, fichue maladie, mais on est tous là, avec la peine que produit ton départ inopportun.
Je pense que tous ceux qui t’ont connu évoqueront ta gentillesse.
Mais je voudrais aussi souligner ta modestie incroyable, inversement proportionnelle à ton savoir-faire. Tu étais un pionnier, un des premiers « fluxistes », ce terme que tu avais inventé et que tu utilisais quand un inconnu te demandait quel était ton métier. Et les gens à qui tu annonçais cette spécialité te répondais en mimant une flûte traversière… pour le plus grand bonheur de tes yeux malicieux. Tu étais un défricheur de la conception lumière, mais tu préférais raconter de tes exploits techniques ou conceptuels des anecdotes savoureuses, humaines. Tu étais curieux des autres.
Tu étais curieux, ce soir à la fin des années 80 où on s’est croisés pour la première fois chez un fabricant et que tu as demandé à la jeune fille de tout juste 18 ans que j’étais ce qu’elle faisait dans la vie. Et tu as été surpris que je te demande en retour d’un air bravache « et vous monsieur, vous faites quoi dans la vie » ?
Tu es le premier éclairagiste que j’ai rencontré, après avoir croisé un artiste lumière. Et le premier à m’avoir fait travailler. Pendant les plus de 30 ans où j’ai eu le plaisir de recroiser ta route, tu évoquais régulièrement cette première rencontre, ainsi que mon diplôme auquel tu étais pris le temps d’assister quelques années plus tard. Et j’ai toujours retrouvé ce regard bienveillant que tu avais déjà le soir de notre rencontre.
Je ne savais pas, en juillet dernier que ton « salut ma grande » allait si vite me manquer.
Gérard, j’espère que le monde sait encore créer des gens comme toi car ce monde-là, il était vraiment sympa.

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