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Actu Métiers 28 Septembre, 2026

AGORA MAKERS : quand l’éclairage public devient un service connecté

Agora Makers poursuit sa transformation sans renier son héritage industriel, de la fonte d’art aux solutions d’éclairage intelligent.

AGORA MAKERS : quand l’éclairage public devient un service connecté
David LELIÈVRE, Président d’Agora Makers © Michel Richard

Agora Makers, à travers ses marques GHM, Eclatec, Nexiode, Kuzzle et Agora Mobilier Urbain, conjugue patrimoine, innovation et numérique pour répondre aux nouveaux enjeux des villes. Son président, David Lelièvre, revient sur cette stratégie, les succès d’Eclatec et les défis d’une filière confrontée à une concurrence toujours plus forte.

Quelles sont les marques « éclairage » d’Agora Makers ?
Depuis 1837, GHM conçoit et fabrique des équipements de mobilier urbain à Sommevoire, en Haute-Marne. Fonderie d’excellence française, l’entreprise maîtrise le travail de la fonte avec un savoir-faire unique, transmis de génération en génération et continuellement enrichi par l’innovation. Du mobilier urbain iconique parisien – le pont Alexandre III, les célèbres entrées de métro imaginées par Hector Guimard, les mâts des Champs-Élysées ou de Montmartre, les fontaines Wallace – jusqu’aux mâts de tramway, aux colonnes connectées, GHM façonne l’espace urbain depuis près de 190 ans. La fonte y devient un véritable matériau d’expression, à la croisée de l’art, de l’architecture et de l’ingénierie. C’est avec les grands travaux d’urbanisation lancés par le baron Haussmann que GHM a connu un formidable essor en participant à l’aménagement de la capitale. Ces marchés ont constitué un tournant majeur dans l’histoire de l’entreprise.
En 2024, j’ai souhaité que l’entreprise rejoigne le Fonds pour Paris, un fonds patrimonial dédié à la préservation et à la valorisation du patrimoine architectural parisien. Cette structure collecte des financements auprès d’entreprises et de particuliers afin de soutenir des projets d’intérêt patrimonial. Parmi eux figure la mise en lumière de l’Arc de triomphe par l’artiste Olafur Eliasson, prévue en 2027, un projet emblématique auquel nous sommes heureux d’être associés. Aujourd’hui, GHM réalise un chiffre d’affaires d’environ 70 millions d’euros. L’année 2027 sera particulièrement symbolique, puisqu’elle marquera les 190 ans de GHM, mais également le centenaire d’Eclatec.

Eclatec qui fabrique des luminaires d’éclairage public…
Oui. Créée à Nancy il y a près d’un siècle, Eclatec est aujourd’hui implantée à Maxéville, toujours en Meurthe-et-Moselle. Comme GHM, l’entreprise maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur de ses produits : elle conçoit, développe et possède l’ensemble des technologies qui composent ses solutions dédiées à l’éclairage extérieur. Son activité couvre aussi bien les luminaires de voirie que les équipements autoroutiers, les projecteurs destinés aux stades ou encore les installations d’éclairage pour les plateformes aéroportuaires. Le nom Eclatec est l’acronyme d’« éclairage technique ». En 2021, nous avons fait le choix de renforcer singulièrement l’entreprise sur ce qui avait construit sa réputation : une expertise technique reconnue, notamment dans le domaine de la photométrie. Depuis sa création, Eclatec a souvent été pionnière dans la création de systèmes optiques et l’utilisation des différentes générations de sources lumineuses.
Avec l’arrivée de la led, Eclatec a développé ses propres concepts photométriques, offrant des performances élevées tout en répondant aux exigences croissantes d’efficacité énergétique, de confort visuel et de réduction des nuisances lumineuses. Pour illustrer cette dynamique d’innovation, nous avons fait évoluer la gamme de projecteurs Keris qui nous a notamment permis d’être lauréats pour des références prestigieuses telles que l’aéroport de Marseille-Provence, le circuit des 24 Heures du Mans ou encore un marché majeur auprès d’Aéroports de Paris (Paris Aéroport).

Vous avez adapté la gamme Keris pour répondre à ces marchés ?
Oui, et à des applications de forte puissance : grands stades, vastes aires de stationnement, ports de commerce, plateformes logistiques ou encore grandes infrastructures industrielles. Mais cette réussite reste avant tout le résultat du travail collectif de femmes et d’hommes qui ont porté ce projet, chacun dans son domaine de compétence. De plus, Eclatec a montré sa capacité d’innovation, notamment dans le domaine du smart lighting, où nous poursuivons des développements particulièrement ambitieux.

Vous voulez parler de l’acquisition de Nexiode et de Kuzzle ?
Exactement. Nexiode a développé Wizard, un système de contrôle pouvant être intégré au luminaire ou installé de manière déportée, associé à une passerelle (TA ou PL) logée en armoire. Wi Connect est la nouvelle solution de pilotage intelligent qui offre plusieurs fonctionnalités : piloter l’éclairage public, sécuriser les armoires électriques, faciliter la remontée des données de consommation, la télégestion complète au point lumineux, etc. Plus récemment, nous avons également fait l’acquisition de Kuzzle, un éditeur français open source spécialisé dans l’Internet des objets (IoT), la gestion de la donnée et les plateformes d’hypervision. Sa solution, ouverte et modulaire, permet de connecter et de superviser des milliers d’équipements, d’orchestrer les données en temps réel et de piloter des opérations critiques à très grande échelle.
La complémentarité des marques du Groupe Agora Makers se concrétise déjà sur le terrain. À Strasbourg, par exemple, nous avons remporté en 2025 l’un des plus importants appels d’offres européens consacrés au numérique appliqué à l’éclairage public et aux services urbains connectés. Nous y déployons une solution intelligente, sécurisée, ouverte et évolutive, démontrant toute la pertinence de cette stratégie.

Ces acquisitions traduisent donc le virage d’Agora Makers vers le numérique ?
C’est précisément ce qui est intéressant. Lorsque l’on regarde l’histoire du Groupe, on constate qu’il continue à cultiver son savoir-faire historique de fondeur et sa maîtrise de la matière, tout en poursuivant son évolution vers les technologies numériques. Cette progression s’inscrit dans une logique de continuité plutôt que de rupture. Concrètement, nous parlons aujourd’hui de détection de présence, de variation automatique de l’intensité lumineuse, de gestion intelligente de la lumière ou encore de communication bidirectionnelle entre les équipements et les systèmes de supervision. Cette communication descendante et remontante permet non seulement d’identifier une panne et d’en connaître l’origine, mais également de contrôler les luminaires à distance, soit individuellement au point lumineux, soit de manière centralisée depuis un terminal de commande. Les collectivités qui choisissent de franchir cette étape disposent ainsi d’un formidable levier pour optimiser leurs consommations énergétiques, réduire leurs coûts d’exploitation et améliorer la qualité du service rendu.
Pour autant, nous ne nous éloignons jamais de notre cœur de métier, qui demeure l’éclairage public technique. Nous continuons d’investir massivement dans la recherche, et notre capacité à proposer des solutions différenciantes est indispensable dans un contexte où la concurrence internationale, y compris européenne, se montre toujours plus offensive.

Comment faites-vous face à cette concurrence ?
Depuis plusieurs années, nous échangeons avec différents industriels français du secteur afin d’identifier les leviers qui permettraient au législateur de mieux défendre l’industrie française de l’éclairage. L’objectif est de fédérer nos entreprises et de porter une parole commune sur les grands enjeux industriels, technologiques et réglementaires. C’est dans cette logique que nous avons récemment rejoint le Syndicat de l’éclairage. Nous y revenons avec de fortes attentes, convaincus que cette organisation peut jouer un rôle essentiel pour accompagner et défendre les industriels français face à une concurrence internationale de plus en plus intense. Au-delà de nos intérêts respectifs, il s’agit de préserver un savoir-faire industriel, de soutenir l’innovation française et de promouvoir une filière capable de répondre aux enjeux de souveraineté, de transition énergétique et de réindustrialisation.

Propos recueillis par Isabelle Arnaud

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