Musée de la Vie romantique, Paris
Au musée de la Vie romantique, situé au 16, rue Chaptal, dans le 9e arrondissement de Paris, l’éclairage se fait discret pour mieux laisser parler les œuvres.
Musée de la Vie romantique – Directrice : Gaëlle Rio – Architecte mandataire : Basalt Architecture – Scénographe : Atelier àkiko Designers – Conception lumière : Atelier H. Audibert – Matériel d’éclairage : Loupi, Lucien Gau, corporate Friends – Installateur : Ithaque
Le musée parisien, installé dans l’ancienne demeure du peintre Ary Scheffer, vient de repenser sa mise en lumière afin de préserver l’atmosphère domestique des lieux tout en répondant aux contraintes d’un espace d’exposition. Aurore Assimon Amata, conceptrice lumière, Atelier H. Audibert, explique comment rails intégrés, spots miniatures, filtres et jeux d’ombres composent un dispositif souple, capable de s’adapter aux collections sans jamais dénaturer le décor.
À partir des années 1820, les contreforts de la butte Montmartre se transforment sous l’impulsion d’une intense activité immobilière. Le quartier prend alors le nom de Nouvelle Athènes et devient rapidement un centre majeur. L’entrepreneur Wormser fait édifier, au n° 16 de la rue Chaptal (anciennement n° 7), un pavillon à l’italienne, dans le style typique de la Restauration. Il signe un bail de neuf ans avec le peintre Ary Scheffer qui s’y installe avec sa famille et y demeure jusqu’à sa mort, en 1858. Après le décès du peintre, sa fille Cornélia Scheffer-Marjolin rachète la maison afin d’y conserver la mémoire et les œuvres de son père et, à la fin du XIXe siècle, elle fait construire un jardin d’hiver accolé au pavillon principal.
En 1899, elle lègue les œuvres de son père à plusieurs institutions françaises et la maison revient à sa petite cousine Noémi Renan- Psichari, épouse de Jean Psichari. Noémi installe une bibliothèque et un salon littéraire dans l’un des ateliers et loue l’autre à des artistes.
En 1956, sa fille, Corrie Psichari, et son mari, le musicien Robert Siohan, cèdent la propriété à l’État pour un franc symbolique. En 1980, les époux Siohan initient les démarches pour transformer le lieu en institution culturelle. En 1981, la Ville de Paris en prend la gestion et y installe une annexe du musée Carnavalet, baptisée alors « Musée Renan-Scheffer ».
À partir de 1987, sous l’impulsion de la conservatrice Anne-Marie de Brem, le lieu est repensé : le grand atelier accueille des expositions temporaires, les souvenirs de George Sand sont présentés dans un décor de maison habitée et l’appellation « Musée de la Vie romantique » est adoptée. L’année suivante, un premier petit salon de thé est ouvert et, en 1989, le décorateur Jacques Garcia réaménage les salles George Sand au rez-de-chaussée.


Un pavillon conçu comme une habitation
Bâti sur un rez-de-chaussée surélevé (premier niveau), le pavillon comprend un étage carré (second niveau) et un niveau de combles. L’ensemble s’organise autour d’une cour pavée et de deux jardins distincts : un petit, à l’ouest, et l’autre, plus long, orienté à l’est. À l’extérieur, la maison retrouve aujourd’hui son apparence de 1830, telle qu’elle est représentée sur un tableau conservé au Dordrechts Museum, aux Pays-Bas, redonnant au site toute l’élégance de son état d’origine.
À l’intérieur, la scénographie restitue fidèlement l’ambiance d’une demeure d’artiste du XIXe siècle, tout en respectant la continuité du décor conçu dans les années 1980. Le parcours des collections se déploie sur deux étages, dans un décor évoquant un intérieur romantique. Le rez-de-chaussée est consacré à la vie artistique parisienne autour d’Ary Scheffer et de George Sand.
Les quatre salles à l’étage présentent les sources d’inspiration du romantisme : la nature, le sentiment, la littérature et le fantastique. Chaque pièce est traitée selon une gamme chromatique spécifique, avec des tissus tendus aux murs, des rideaux assortis, des parquets restaurés et des bas lambris bruns équipés de lisses destinées à accueillir les cartels.
Le projet lumière muséographique
« Nous ne souhaitions pas de grands luminaires qui auraient entaché ces ambiances, explique Aurore Assimon Amata. Il fallait donc trouver un système discret et relativement flexible, car les objets exposés changent régulièrement. Ils sont issus de prêts ou sont puisés dans les réserves du musée. Nous avons choisi de tout petits rails Piccolo de Loupi. Nous avons utilisé le plafond acoustique, qui ajoutait une épaisseur au plafond, ce qui nous a permis de recréer une autre corniche décorative dans laquelle nous avons inséré ces rails. Nous avons bien installé quelques cadreurs D10 de chez Loupi, mais la mise en lumière est majoritairement réalisée grâce à des spots de Loupi auxquels nous avons ajouté des filtres afin d’adapter l’éclairage à chaque œuvre. »

L’installation facilite la maintenance et permet de faire évoluer l’éclairage en fonction des œuvres et lors de changements de collections. « Nous avons opté pour une température de couleur de 3 000 K dans toutes les salles ; des lampes à poser et des appliques décoratives en 2 700 K, créant une ambiance plus chaleureuse, viennent compléter l’éclairage muséographique pour souligner le caractère domestique du bâtiment, commente la conceptrice lumière. Pour certaines grandes toiles, nous avons même préféré n’éclairer qu’une partie de l’œuvre, en jouant sur les clairs-obscurs et en donnant l’impression que la lumière émane du tableau. »
À l’extérieur, la même douceur d’éclairage accueille les visiteurs qui traversent le jardin avant d’accéder au pavillon. L’éclairage précédent, assez puissant, représentait une nuisance gênante pour les voisins. Le nouveau concept lumineux met en œuvre de petits appareils de plus faible puissance, en 2 700 K, équipés de masques et de gobos qui dessinent des motifs au sol.


